Féminité, artifice ou différenciation

Simonetta VespuciIl paraît que tout être, qu’il soit masculin ou féminin, a sa part de féminité. On constatera au passage que certains hommes s’avèrent plus féminins que certaines de leurs amies. Les attributs de la féminité ont ceci de particulier que l’on ne cesse de débattre sur le fait qu’il s’agit d’un artifice de culture ou d’une véritable différenciation de nature. Et de se reposer l’éternelle question de l’inné ou de l’acquis. Des modèles et des représentations.
Doit-on penser, comme Simone de Beauvoir, dans Le Deuxième Sexe (Gallimard, 1949), que l’on ne naît pas femme mais qu’on le devient ? N’y a-t-il pas, d’ailleurs, autant de représentations de la féminité que de cultures qui érigent leurs modèles ? Et c’est justement le poids de la tradition et de la culture qui nous revient en plein visage, lorsqu’il s’agit d’aller sur des terrains pionniers, comme ceux du monde du travail et de ces quartiers habituellement réservés aux hommes, qu’ils soient fonctionnels (de vrais métiers d’hommes) ou hiérarchiques.
Quelle est donc la part de féminité d’un pilote de chasse ou d’un commandant de sous-marin ? Comment doit s’exprimer celle d’un PDG ? En bas noirs, sexy comme autrefois les stars, comme le chantait Michel Sardou dans les années 80 ? Ou en costume trois pièces gris, façon camouflage, pour être sûre de ne pas être confondue avec son assistante de direction (encore un beau stéréotype au passage…) ? Outre l’aspect purement pratique (la queue de cheval gêne-t-elle dans le casque intégral du pilote de Mirage F1 ?), les codes de la féminité se heurtent encore souvent à des visions stéréotypées qui renvoient leurs détentrices dans des petites cases aux étiquettes réductrices.
En sortir, c’est tomber dans l’excès inverse : la douce et soumise devient dominatrice et castratrice. Il y a des notions qui se conjuguent encore mal : Pouvoir et Féminité par exemple. Féminité et Autorité sonnent encore bien pire. Car si l’un peut s’exercer par le biais d’influences discrètes, la deuxième réclame que l’on s’expose bien plus directement. Entre le chignon tiré de la vieille maîtresse d’école et le spectre des cuissardes en cuir noir et du fouet, le stéréotype de féminité dévoyée associé n’est jamais très loin.
Pour cause d’absence de modèle ou de culture, la féminité doit se réinventer, tracer son chemin, faire sa voie. Est-ce si grave ?

Illustration : Simonetta Vespuci par Sandro Boticelli – Wikipedia – Domaine public


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