Simone Weil

Surnommée par ses parents « notre fils numéro deux », par ses professeurs « la vierge rouge » ou « l’ange adjuvant », « notre vieux savant » et « petite Weil » par ses élèves ou encore « l’impératif catégorique en jupe » par ses camarades de l’École normale supérieure, il est impossible de réduire cette femme militante à « une philosophe, née à Paris le 3 février 1909 et morte à Ashford le 24 août 1943, sœur du mathématicien André Weil.
La philosophe disait « quoiqu’il me soit plusieurs fois arrivé de franchir un seuil, je ne me rappelle pas un moment où j’ai changé de direction ». Peut-être est-ce une clé de lecture de cette vie hors norme : cette longue quête d’incarnation.
Élève du philosophe Alain, elle entre à l’ENS en 1928 et s’engage, dès l’agrégation réussie en 1931, dans une vie d’expériences pédagogiques et militantes :
– expériences ouvrières auprès des ouvriers du Puy en grève contre le chômage et les baisses de salaires en 1931-1932 puis en 1934-1935 sur les chaînes des usines J.-J. Carnaud et Forges et Renault ;
– expérience de syndicaliste communiste (anti-stalinien) ;
– professeure de philosophie qui partage ses émoluments avec la Caisse de solidarité des mineurs et soutient le Front populaire ;
– expérience de lutte contre le fascisme dès 1932 en analysant les risques de la montée du nazisme, en s’engageant dans le Colonne Durruti pendant la guerre civile espagnole, en se rendant en Grande-Bretagne en 1942 pour servir par sa plume la France Libre.
Cette soif de vérité la rapproche du christianisme sans qu’elle ne cesse de débattre avec la catholicité, fidèle en cela à son refus de l’anathème et à son désir d’ouverture. La pesanteur et la grâce, l’enracinement, l’attente de Dieu sont pourtant les testaments d’une très grande vie spirituelle. De santé fragile, atteinte de tuberculose, elle meurt d’un arrêt cardiaque à 34 ans laissant derrière elle une œuvre exigeante couvrant l’exploitation sociale (La condition ouvrière et Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale), la métaphysique et le néoplatonisme (La source grecque, l’Illiade ou le poème de la force), l’éthique et la politique (Oppression et liberté et ses nombreux « cahiers ») et bien sûr la philosophie chrétienne (L’attente de Dieu).
Mais retenons d’elle cette citation : « L’amour n’est pas une consolation, il est lumière. »

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