Virilité

Est parue au Seuil en 2011 une Histoire de la virilité en trois tomes, dont le dernier porte comme sous-titre « La virilité en crise ? XXe-XXIe siècles ». En couverture, une photo de Clint Eastwood pointant un flingue : on n’est pas juste dans le masculin, on est dans le masculin viril. Qu’entend-on par virilité ? Larousse nous dit « ensemble des caractéristiques physiques de l’homme adulte, ce qui constitue le sexe masculin », mais aussi « vigueur sexuelle, capacité d’engendrer » et enfin « mâle énergie, courage ».
Si la masculinité est plus générique, la virilité aurait donc à voir avec un homme au faîte de sa force sexuelle et physique. Le mot convoque à lui seul une iconographie bizarrement riche en uniformes : militaires, policiers, pompiers, cow-boys, bûcherons, footballeurs ou rugbymen jusqu’aux corps ultra-normés et quasi identiques de certains gays adeptes de la musculation et du cuir, parés des mêmes vêtements ultra-moulants.
D’ailleurs la virilité a été bousculée autant par de nouvelles figures, de la garçonne au métrosexuel en passant par l’androgyne, que par l’émancipation homosexuelle et les avancées féministes. Elle est remise en cause depuis qu’elle n’est plus reconnue unanimement comme la « nature » de l’homme, mais comme une construction culturelle qui a en outre longtemps servi la domination masculine. « La virilité est une notion éminemment relationnelle, construite devant et pour les autres hommes et contre la féminité, dans une sorte de peur du féminin, et d’abord en soi-même » écrivait Bourdieu dans La domination masculine (Seuil, 1998, p. 59).
La question, dit Jean-Jacques Courtine, chef d’orchestre du 3e tome de l’Histoire de la virilité, n’est pas de se débarrasser de la virilité, mais « plutôt de savoir comment on peut s’en arranger, la décoller de ce qu’elle a été. Ça veut dire pour chacun et tous, hommes et femmes, arriver à se saisir de cette question-là. » Oui, les femmes aussi, car de la même manière que la question de la place et des représentations des femmes n’est pas un sujet strictement féminin, celle de la virilité ne concerne pas que les hommes. Il n’est qu’à voir les ambiguïtés des uns et des autres qui acceptent l’égalité des sexes, mais estiment qu’un « vrai homme » doit être viril et une « vraie femme » féminine.
Il est sans aucun doute devenu moins évident d’être un homme. Ou plutôt, comme « on ne naît pas femme, on le devient », il ne s’agit plus d’être mais de devenir… L’égalité réelle commence ! Dommage que certains aient l’impression d’y avoir perdu des prérogatives. D’autres y voient pourtant la liberté de s’inventer.


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