Voile

Un accessoire que l’on souhaiterait purement esthétique mais qui revêt souvent une connotation religieuse et devient alors au mieux identitaire, au pire abdication et soumission. Dans la religion catholique on retrouve le voile comme symbole de pureté de l’épousée lors de la cérémonie du mariage. Pourquoi pas, serait-on tenté de dire ? Parce qu’il est un signe asymétrique : si la femme doit montrer sa pureté lors de son entrée dans le mariage, quel est le signe extérieur de pureté imposé à l’homme ?
Y aurait-il a priori plus de doute sur la pureté de la femme ? Grand cliché d’une femme fausse et étroite d’esprit jouant de malice pour compenser son infériorité décrétée. Plus d’importance ? Si oui, c’est reconnaître une subordination de la femme à l’homme dans l’union : la femme devenant par le mariage la propriété de l’homme, il serait alors important de démontrer sa pureté au moment du mariage, tandis que l’on n’oserait rien demander au « maître des lieux »…
Le voile porté par certaines femmes de confession islamique serait quant à lui la plus sûre protection contre les offenses faites à la pudeur de la femme : Sourate XXXIII, verset 59. « Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles, et aux femmes des croyants, de resserrer sur elles leurs voiles : c’est pour elles le meilleur moyen de se faire connaître et de ne pas être offensées. Dieu est celui qui pardonne, il est miséricordieux. »
Comme dans le voile de la mariée catholique, c’est tout d’abord la non-réciprocité masculine qui interpelle. Puis, on réalise qu’au lieu de traiter le malade potentiel, c’est la victime que l’on stigmatise et c’est à la femme de se dérober au regard impur de l’homme. Ceci prend racine dans une interprétation (d’ailleurs non unanime…) masculine de textes d’auteurs eux-mêmes masculins, dans un contexte historique de société polygame. On ne citera jamais assez Poullain de la Barre : « Tout ce qui a été écrit par les hommes sur les femmes doit être suspect, car ils sont à la fois juge et partie. »
Pourtant certaines femmes revendiquent le port du voile. Elles le brandissent comme un étendard de liberté et certains regards filtrant parfois tout juste de voiles intégraux jettent des éclats guerriers. Elles veulent défendre le droit de ne pas être soumises à des regards concupiscents masculins. Nous le revendiquons toutes. Mais peut-on laisser penser, ne serait-ce qu’un instant, à des hommes qu’ils pourraient considérer une femme ne portant pas le voile comme un objet pouvant être soumis à leur désir ? Ne doit-on pas tendre vers une société dans laquelle l’homme ne jetterait simplement jamais un regard de propriétaire sur la femme et la considérerait avec le respect qui doit être naturel entre deux êtres humains ? Il est sans doute plus difficile mais tellement plus efficace de colmater les brèches du tonneau des Danaïdes plutôt que de remettre de l’eau.
C’est la promotion d’une société respectueuse qui permette à chaque femme de choisir librement en fonction de sa sensibilité personnelle la façon dont elle s’habille vers laquelle nous devons tendre et non une société où tout le monde porte des gilets pare-balles pour se protéger des balles perdues.


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